Mémoires, souvenirs et anecdotes

Mardi 1 mai 2 01 /05 /Mai 16:35

  

Simone Maria SPINOSI, est née le 30 novembre 1901 à Marseille, fille de Baptiste SPINOSI et de Léonie Mélina BALME.

  simone 6mois 1902

                                      Simone 6 mois.

  

En 1906, ses parents lui "donnent" un petit frère Jean-Baptiste dit "Jean".

 

simone et son frere jean 1910

                                                    Simone et son frère Jean en 1910


Elle reçoit une excellente éducation et une bonne instruction au pensionnat de Mademoiselle Mariani, rue consolat à Marseille.

pensionnat mlle Mariani 1910 rue Consolat                                       Simone 1er rang 2eme en partant de la gauche.


En mars 1928, elle épouse Jean Joseph Georges CAYOL dit "Georges".


Ils auront 3 enfants :

-Robert Marie Noël en 1934

-Anne-Marie Clémence en 1939, qui atteinte d'une grave maladie génétique(syndrome de Chotzen-Saethre) mourra en 1954 à l'age de 15 ans.

-Geneviève Marie Thérèse Jeanne en 1941.

  

Mamie Simone, avait eut la grande gentillesse  de rédiger à mon intention ses "mémoires d'une vie".

Avec l'accord de ses enfants, les voici:


   LES BETISES DE SIMONE

 

Pour nous, ses petits-enfants, Mamie-Simone  a été une tendre grand-mère. Mais c’était une adulte et, à ce titre, c’était forcément quelqu’un de rigoureux et de sérieux. Tu parles ! Elle n’en avait pas raté une…

C’est Simone qui le raconte elle-même dans ses Mémoires, lorsqu’elle évoque ses années de petite fille, quand la famille Spinosi habitait un grand appartement d’Aix-en-Provence, sur le Cours Sextius.

  

Aix n’était alors qu’une grande bourgade et il y faisait bon vivre. Les voitures étaient rares, et les rues livrées aux piétons, au bétail et aux cyclistes. C’est ainsi qu’à trois ans, Simone fit la peu ragoûtante expérience que les crottes de chèvre n’avaient qu’un lointain rapport avec des boules de réglisse…

 

Ci-dessous Simone a 4 ans, remarquez sa ressemblance avec Lou, la fille de Didier et Carine Cayol.

 

simone 1905

 Un autre jour, perchée sur sa chaise haute dans la vaste salle à manger familiale, Simone décida de traverser la pièce et ce qui devait arriver arriva : elle bascula et se fendit le crâne sur une arête en faïence, obligeant ses parents à l’emmener d’urgence à l’hôpital et les médecins à lui faire cinq points de suture.

De la même façon que, dans la rue (les sanisettes n’existaient pas à l’époque), les femmes ne portaient rien sous leur jupe et se soulageaient sur place, Simone, elle, avait jeté son dévolu sur un placard de la salle de jeux de l’appartement, histoire de ne pas avoir à abandonner ses jouets pour aller jusqu’aux toilettes. Jusqu’au jour où sa mère s’en est aperçue. Mais Simone est la première à regretter le manque de réaction de cette dernière : « elle me gronda, mais ses remontrances glissaient sur moi. Elle n’était pas assez sévère et je ne me souviens pas avoir reçu d’elle la moindre gifle. Les arguments frappants auraient sans doute eu raison de mes sottises. Malheureusement, ma mère était trop faible avec moi ».

On l’a vu, Aix était au début du XXe siècle le domaine des cyclistes. Sauf si Simone Spinosi s’avisait de changer le cours des choses… Un après-midi, sa mère discutait avec une voisine tout en tricotant, sur un banc du Cours Mirabeau. Elle avait interdit à la fillette (qui n’avait que 4 ans) de traverser l’avenue. Raison de plus, bien sûr, pour que Simone aille voir comment ça se passait en face…

Tout s’était bien passé à l’aller. Empruntant le sac de Maman, la petite fille était allée « jouer à la dame qui fait ses emplettes et va voir une amie ». C’est au retour que les choses tournèrent mal. Simone s’étant hasardeusement engagée sur le Cours, elle ne vit pas arriver un cycliste, qui la heurta, et tout le monde se retrouva à terre. Elle saine et sauve, le pauvre garçon légèrement blessé. Mais consciente que la situation allait se retourner contre elle, Simone en rajouta, se mettant à hurler. Au point que la foule se précipita, prête à lyncher le malheureux cycliste.

Un autre jour, toujours à Aix, Simone accompagnait sa mère dans une boutique de vaisselle. Sa curiosité d’enfant l’attira vers un trou au sol. En fait une trappe conduisant à la réserve du magasin. Mais au lieu de se contenter d’observer, la gamine se pencha. Et se pencha si bien qu’elle dévala l’échelle de bois et s’en sortit avec le nez en sang et le corps couvert d’hématomes.

Si Simone concédait que sa mère n’était pas assez sévère, elle ne connaissait pas la même mansuétude avec sa grand-mère Mélina, à Gagnières, où elle passait souvent ses vacances, accumulant les bêtises et recevant en retour des fessées à tour de bras. Il faut dire que ses vêtements ne résistaient pas à ses expéditions dans les arbres, à la recherche de nids, ou à sa tentative, un jour, de traire une chèvre malgré elle. Un véritable crime contre l’espèce caprine…

 

 

 

SIMONE ET GEORGES : LA RANCOEUR

 

Simone a connu une enfance et une adolescence heureuses. Presque dorées.

 

 

simone 15 ans                                      simone 17 ans   

15 ans                                                                                     17 ans

 

 

 

                 simone vers 1920

                                                      19 ans

 

 

Et puis le mariage avec Georges Cayol a changé beaucoup de choses. Simone en a beaucoup souffert mais, à la fin de sa vie, elle a fini par l’écrire dans ses Mémoires. Et par pardonner.

« Je n’ai pas été heureuse en ménage. Mon mari était un garçon sérieux, travailleur et honnête, il était très serviable, ce qui le faisait estimer par ses amis. Mais il avait un caractère violent et autoritaire à la maison, qui m’a fait souffrir pendant des années. Les enfants étaient terrorisés devant les colères de leur père et leur jeunesse en a été traumatisée ».

Pour ses petits-enfants, Georges était un grand-père extraordinaire, mais il est vrai qu’aucun de nous six (Viviane, Didier, Xavier, Jean-François, Sophie et moi) n’a vécu ce qu’a enduré Simone et ce qu’ont subi Robert et Geneviève (Georges était paraît-il beaucoup plus tendre avec son autre fille, Anne-Marie, trop tôt décédée ; voir plus loin).

A lire Simone, Georges était un véritable tyran. « Je sais que j’aurais dû le quitter avant la naissance des enfants mais, par orgueil, je suis restée, ne voulant pas voir triompher mes parents et les entendre dire qu’ils l’avaient prédit », poursuit Simone dans ses Mémoires.

jean joseph cayol x simone spinosiC’est en effet contre l’avis  de Baptiste et Léonie Spinosi que leur fille avait épousé ce fils de marin rencontré en 1928 chez une amie, Blanche Gourret, par l’intermédiaire de leur fils Jean. Ils avaient pour elle d’autres ambitions.

Simone reconnaît néanmoins que « vers la fin de sa vie, mon mari devint plus calme et la vie plus facile. C’est alors qu’il dut subir plusieurs opérations et, pendant 18 mois, il souffrit atrocement. Ses souffrances ont racheté à mes yeux la pénible existence que j’ai vécue à ses côtés pendant plus de 50 ans et je lui pardonne de tout cœur. Je crois qu’il ne se rendait pas compte de son despotisme ».

« La paix est descendue en moi ». C’est sur ces mots que, dans ses Mémoires, Simone achève le récit de cette difficile période.

 

 

ANNE-MARIE : LE DRAME TU

 

« 2 août 1939 – 12 décembre 1954 ». Ce sont les dates qui figurent, au cimetière Saint-Pierre de Marseille, sur la tombe d’Anne-Marie Cayol, inhumée auprès de sa mère Simone. Dans ses Mémoires, celle-ci évoque avec émotion ce qui a été l’une des plus tragiques mais aussi l’une des plus passées sous silence histoires de la famille Cayol. Nous (la génération de Viviane, Xavier, Didier…) savions vaguement que nous avions une tante morte avant notre naissance. On ne savait pas trop pourquoi au juste. C’était un sujet que personne n’abordait lors des réunions de famille.

Le récit de Simone est assez explicite : Anne-Marie aurait été victime des émotions et contrariétés subies par sa mère durant sa grossesse.

Anne-Marie est née avec de multiples malformations, notamment aux mains (syndactylie). Elle a subi 13 opérations. C’est durant la dernière que son cœur a lâché. Pour Simone, ce fut à la fois un drame et un réconfort. Et elle ne manque pas de rendre hommage à Geneviève, son autre fille « qui fut pour sa sœur une véritable petite mère ».

Je n’ajouterai aucun commentaire à ce qui suit. C’est le témoignage que m’a fait mon père, Robert, en janvier 2006.

« Durant sa grossesse, ma mère avait vu un homme passer sous un tramway, et elle avait senti à cet instant que le foetus qu’elle portait dans son ventre s’était retourné. Et de fait, quand Anne-Marie est née, le cordon l’étranglait à moitié.
Quelque temps plus tard, ma mère vit une dame qui avait les doigts palmés. Et, là encore, ce fut un choc pour elle. Quand ma sœur est née, les premiers mots de ma mère ont été –« est-ce qu’elle a les mains palmées » ? - Elle les avait, de même que les pieds.

A sa naissance, Anne-Marie était une masse molle et presque informe. Sa tête était en forme de haricot et la sage-femme a même demandé à mon père si elle devait lui donner un bain ou la laisser mourir.

Mon père, très chrétien, a accepté l’enfant qui lui a ainsi été donné et qui a été, durant les presque 16 ans qu’elle a vécus, sa véritable joie de vivre, au détriment de ses autres enfants (et surtout de Geneviève), car lorsque Anne-Marie a disparu, pour lui la vie s’est arrêtée. (Heureusement, ses petits-enfants l’ont en quelque sorte « ressuscité »).

Je ne connais pas exactement le nom scientifique de la maladie dont souffrait Anne-Marie. Mais son crâne n’ayant atteint une solidité définitive que progressivement après sa naissance, il est certain que le cerveau avait été atteint.

Nos parents disaient qu’elle était « retardée », mais ils ne réalisaient pas que ce retard était de toute façon irrémédiable et ne serait jamais rattrapé. Elle avait une certaine forme d’intelligence pratique, et dans une moindre mesure scolaire, puisque Anne-Marie n’est jamais allée plus loin que le CM1.

Elle avait de l’humour, une certaine espièglerie (« moi, je ne mets pas le couvert parce que je ne suis pas comme tout le monde »…). Physiquement, elle avait un physique choquant, parce que ses paupières, qui retombaient trop sur ses yeux, l’obligeaient toujours à relever la tête.

La 13e opération, qui devait en particulier lui relever les paupières, lui a coûté la vie, suite à une défaillance cardiaque. Mon Père, qui l’a vue morte, disait qu’elle avait enfin un visage tout à fait normal.

C’est sans doute la première fois que je parle autant de ma sœur, qui reste pour moi un remords. Il faut dire qu’à l’adolescence, on vit les choses un peu différemment. J’avais honte d’elle et, lorsque je devais l’accompagner quelque part avec Geneviève, je les faisais marcher devant pour que l’on ne puisse pas penser que j’étais avec elles.

Ce n’est qu’il y a quelques années que j’ai révélé à ma sœur Geneviève qu’elle n’était pas concernée par mon attitude, alors qu’elle m’a dit en avoir été traumatisée ».

 

 Merci pour ce témoignage. Quant à toi, Anne-Marie, on aurait bien aimé te connaître (pendant que les autres mettaient le couvert, on serait allés faire des blagues sur le boulevard Chave…)

 

  1971 mamie et thierry

  Mamie Simone et Thierry en 1971

 

 

1983 mamie et benjamin

  en 1983 avec Benjamin.

 


VERCORS : LA BANDE A SIMONE

 

Durant son enfance, Simone avait passé l’essentiel de ses vacances scolaires à Gagnières, dans le Gard, chez sa grand-mère maternelle Mélina.

A l’age adulte, jeune mariée, Simone a découvert d’autres horizons, et en particulier le Vercors, où elle s’est rendue pour la première fois avec son mari Georges en 1928. Elle avait 27 ans et les photos de l’époque montrent une très belle jeune femme aux yeux ravageurs et à l’allure sportive.

Le Vercors est un massif des Préalpes françaises, entre l’Isère et la Drôme, qui culmine à 2340 mètres (au Grand Veymont). Bien après que Simone et Georges prennent pour habitude d’y passer leurs vacances, le Vercors est devenu un haut-lieu de la Résistance, les nombreuses forêts favorisant la tâche des maquisards. Un monument rappelle cet épisode à Vassieux-en-Vercors

Georges connaissait un peu la région, pour être venu deux ans plus tôt à la Chapelle-en-Vercors, où il avait fait la connaissance d’un groupe de personnes, qu’il s’empressa de présenter à sa jeune épouse.

Il y avait là Monsieur Albert, ancien directeur d’école, et sa filleule Lucile Reynaud. Ils venaient d’Alger. Georges présenta aussi à Simone des Lyonnais, Monsieur Meritan, directeur des ventes aux Nouvelles Galeries et son épouse Andrée. La « bande » se trouvait complétée par Tante Kate (Mlle Micholier pour l’état civil).

« Nous faisions tous les sept une bande à part, ne fréquentant pas les autres clients de l’hôtel. Nous étions tous très gais, on aurait dit des gosses, nous étions déchaînés ! »se souvient Simone dans le petit texte qu’elle a consacré en 1989 à cette période de sa vie.

Le groupe s’était affublé de surnoms : Albert était le Docteur, Méritan le Directeur, Andrée la Vicomtesse, Georges le Notaire, Lucile la Baronne, Tante Kate la Comtesse et, pour finir, Simone, la Marquise de Montclar !

Souvent, le groupe louait un « minicar » pour visiter la région, de Villard-de-Lans à la Grande-Chartreuse. Il avait son chauffeur attitré, Armel Perriat. L’hôtel où logeait la bande, « l’Hôtel du Vercors », était tenu par une dénommée Mme Lamberton.

Chaque année, ce qui avait fini par devenir « la Bande à Simone » s’est retrouvée dans le Vercors.

Simone se souvient : « les Lyonnais étaient devenus des amis. Ils venaient à Pâques chez nous, et à Pentecôte nous allions chez eux. Lucile aussi s’arrêtait à Marseille. Nous nous arrangions tous pour être en congé en même temps ».

Madame Lamberton avait abandonné la gérance de l’Hôtel du Vercors, mais s’était débrouillée pour accueillir dans des fermes la « Bande à Simone ».

Un jour, entre autres randonnées, le groupe, Simone en tête,  entreprit l’ascension du Grand-Veymont (2341 mètres), pour voir le soleil se lever depuis le sommet, avec vue sur le Vercors, la Chartreuse, le Ventoux et les Cévennes.

Quand on connaît les moyens techniques de l’époque (1931) et que l’on détaille les photos prises lors de l’expédition (notamment lors du franchissement de névés), on a tendance à se dire qu’on est mieux chez soi. Même en altitude. Il y a toujours des ascenseurs, non ?

« J’eus mon premier bébé, Robert, le 24 décembre 1934. Ce qui ne nous empêcha pas de partir pour la Chapelle, où nos amis nous attendaient. Nous nous retrouvions chaque été. Ces années nous procurèrent une provision de bonheur qu’on croyait éternel. Nous ne nous doutions pas que tant de malheurs s’abattraient sur notre pays, que la vie changerait et qu’après, rien ne serait plus comme avant », se souvient encore Simone.

Mais la guerre a éclaté. La Chapelle-en-Vercors a été réduite à un tas de cendres, comme l’ensemble du Vercors.

En 1946, sur les conseils d’amis de Georges, la famille Cayol a loué quelques pièces dans une villa à Mane, près de Forcalquier, dans les Basses-Alpes (aujourd’hui Alpes de Haute-Provence), et a retrouvé ses amis.

Simone n’a pas oublié non plus le geste de Mme Lamberton, à l’époque où la famille Cayol souffrait cruellement des restrictions. Elle avait été appelée à retirer un colis à la gare Saint-Charles. C’était un gros paquet, qu’elle avait ramené jusqu’au boulevard Chave, dissimulé dans une poussette d’enfant.

Cachés sous des pommes de terre, des carottes et des choux (tous les colis étaient contrôlés), Simone eut la surprise de découvrir une gelinotte que M.Lamberton avait tué dans les bois et un gros morceau de petit salé. Le genre de vivres que Simone et Georges n’avaient plus vus depuis bien longtemps…

Après la guerre, la Chapelle-en-Vercors partiellement reconstruite, Simone et Georges ne sont plus guère retournés dans le Vercors. Ils y allèrent en 1954, puis en 1956, leur fille Anne-Marie et Jean, le frère de Simone, étant décédés entre temps.

La « Bande à Simone » s’était elle-même réduite à sa plus simple expression. « Le Docteur » et « « La comtesse » étaient morts. « Le Directeur » et « La Vicomtesse » n’allaient pas tarder à les suivre dans la tombe.

Lucile, « la Baronne », s’installa un temps chez Simone et Georges et elle mourut à Gap en 1978.

Georges parti, Simone devint l’ultime survivante de cette bande de joyeux fêtards insouciants. Ces épisodes ont amené un peu de bonheur à sa vie, qui en a cruellement manqué par ailleurs.

 

 

Selma Cayol d’après les textes de Thierry Cayol.

(avec l'autorisation de Geneviève et Robert Cayol ses enfants.)

 

Par le vieux Cayol... - Publié dans : Mémoires, souvenirs et anecdotes - Communauté : Généalogie Provence-Languedoc
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Mardi 29 mars 2 29 /03 /Mars 17:08

Dans la rubrique "page" vous trouverez un texte écrit par Thierry et que j'ai mis en page, d'après un châpitre des "Mémoires de François Cayol" Fils de Baptistin Marius Cayol et de Marie Larrose, marin comme son père et son grand-père, mais qui fit carrière dans la marine militaire et fut Enseigne de Vaisseau. Il cotoya le Général de Gaulle à Londres, et c'est cet épisode que nous relatons.

 

 

10-09 

 

Marin comme son père Baptistin, à peine plus grand que lui (il mesurait en tout cas moins d’1,60 mètre), François Cayol, dit « Bab’s », personnage éminemment attachant et affectueux, a joué un rôle important durant la seconde guerre mondiale, officier de marine et proche du Général De Gaulle.

f38949a692704872.jpg Il avait été chargé par l’Amiral Muselier (père de la Croix de Lorraine et, accessoirement, grand-père de Renaud Muselier), et par de Gaulle lui-même d’effectuer depuis Londres, des repérages dans la perspective d’un débarquement en Afrique française (et plus précisément au Sénégal).

Bab’s arriva à la conclusion que toute opération serait vouée à l’échec, comme il le raconte dans ses Mémoires.

Néanmoins, l’Amiral Muselier lui répondit : « je ne partage pas ta conclusion »  (les deux hommes se tutoyaient malgré leurs grades respectifs, parce qu’ils étaient tous deux Marseillais). Il lui annonça qu’une opération était programmée sur Dakar.

Mais l’affaire ne se fit pas comme prévu, une brouille intervint entre De Gaulle et Muselier, et le Lieutenant de Vaisseau François Cayol se trouva propulsé au premier plan, directement rattaché à la personne du Général.

Tout se précipita soudain et le 31 août 1940, tout l’Etat-major de de Gaulle (et Bab’s, bien sûr) quitta Liverpool à bord de deux paquebots hollandais, malgré de terribles bombardements allemands. Les navires furent rejoints par plusieurs bâtiments militaires et civils. Destination : Dakar. L’opération « Menace » était lancée.

François restait sceptique quant au succès de l’opération, d’autant qu’elle était dirigée par de jeunes officiers.
Le 9 septembre, après une traversée sans histoires, la flotte alliée atteignait une position stratégique, à l’ouest du Détroit de Gibraltar, où elle était rejointe par le reste des bâtiments britanniques.

La flotte réunie prit officiellement le nom de Force M.

Le début de l’opération « Menace » était programmé pour le 14 septembre.

Le 12, le passage inopiné d’une division de croiseurs français dans la zone perturba le scénario, ce qui eut pour effet de provoquer la colère de de Gaulle.

La Force M fit cap sur Freetown, en Sierra Leone, et mouilla dans ce port le 14 septembre. C’était raté pour l’effet de surprise escompté. A Dakar, tout le monde était désormais au courant. Mais, plus ennuyeux, à Vichy et à Berlin aussi.

A terre, durant un séjour éprouvant, François ne lâchait pas De Gaulle d’une semelle. Il l’accompagnait dans ses inspections et servait d’intermédiaire avec les Anglais, que le futur Président de la République n’aimait pas beaucoup (et qui, il faut bien le dire, le lui rendaient bien).

Le 21 septembre, l’opération « Menace » put redémarrer

Le 23, la Force M était en vue de Dakar, grossie de trois nouveaux bâtiments britanniques. Les hélicoptères entrèrent en action, puis les avions, qui durent faire face à des tirs de DCA. Les navires furent également pris pour cible, tandis que De Gaulle lançait à la population sénégalaise (et donc française à l’époque) des appels au calme.

Moins conciliants et las de se faire tirer dessus, les Britanniques prirent l’initiative de riposter aux coups de boutoir de l’armée de Pétain, vraisemblablement appuyée par l’Afrikakorps allemand.

Face à la tournure que prenaient les événements, De Gaulle et les officiers alliés envisageaient de cesser le combat et de décrocher. Mais la réponse du Premier Ministre Anglais Winston Churchill fut sans ambiguïté : « Puisque nous avons commencé, continuez le combat ».

Bab’s, lui, observait et attendait.

Il n’attendit pas longtemps. Le 24 septembre à 1 heure, De Gaulle annonça qu’il se refusait à ce que des Français combattent d’autres Français et qu’il se retirait, laissant le soin aux forces britanniques de continuer si elles le souhaitaient.

Au soir de cette journée, De Gaulle posa la main sur l’épaule de son aide de camp et lui dit simplement « Ah, mon pauvre Cayol… »

Fin de l’aventure.

Pour Bab’s, l’opération « Menace » aurait peut-être réussi si De Gaulle s’était présenté seul devant Dakar. C’est la présence anglaise qui a tout fait capoter.

A sa retraite, François s’est installé avec sa femme Adrie et sa fille Françoise boulevard Rodocanachi, dans un superbe appartement des quartiers huppés de Marseille (dans mes souvenirs, le salon était immense...). C’est là que, traditionnellement, la famille Cayol au grand complet se retrouvait pour fêter la nouvelle année. Parallèlement, Bab’s avait acquis un confortable domaine à Cotignac, dans le Var, où il a été inhumé.

 

  Texte de Thierry mis en page par Selma.

 

Selma Cayol

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